Broaden your mind

Si cela aide sûrement, ce n’est pas le facteur le plus déterminant. La réussite scolaire est davantage une question de stratégie d’apprentissage. C’est ce qui ressort d’une étude menée sur la compréhension de la physique.

Christian H. Kautz, professeur à l’Université de Hambourg, a étudié (notamment aux États-Unis) durant la période de 1993 à 1999, le comportement et la compréhension d’élèves en physique. Il constate que, quel que soit l’enseignant, les difficultés en physique demeurent les mêmes et qu’elles sont identiques pour tous les élèves. Christian H. Kautz a pu observer que la compréhension de ces difficultés tient d’avantage de la stratégie d’apprentissage de l’élève que de l’intelligence. Chacun peut avoir une vision et une perception différente d’un problème.

Et c’est cette perception qui permet de comprendre plus ou moins bien un problème de physique. Cette étude a fait l’objet d’une présentation fin août à l’université de Hambourg avec la proposition de mettre en place une nouvelle méthode d’apprentissage qui prenne en compte la stratégie d’apprentissage des élèves. Voici l’interview de Christian H. Kautz menée par Jean-François MICHEL:

J-F.M.: selon vous, d’où vient le problème de l’apprentissage de la physique et de la réussite scolaire en général ?

C.H.K.: Que ce soit à l’école ou dans les universités, ce sont sur les mêmes difficultés que butent les élèves en physique. La résolution de ses problèmes ne tient pas tant de l’intelligence que de la perception de l’élève, de sa façon d’aborder le problème donc, de façon d’apprendre. Les problématiques que l’on retrouve en physique sont présentes aussi dans d’autres matières scientifiques. Pour les matières littéraires je ne sais pas. Mais selon les échos que je peux avoir de mes collègues ont retrouve la même question : la façon d’aborder le problème et donc aussi la façon d’apprendre. Bref cela joue beaucoup sur la réussite scolaire de l’élève.

J-F.M.: La responsabilité en viendrait donc aux enseignants ?

C.H.K.: Si cela tient de la responsabilité de l’enseignant, je ne dirais certainement pas cela. Cela vient en partie de la difficulté pour l’enseignant de prendre conscience de ces points difficiles de la physique. Une fois cet obstacle surmonté, le professeur peut ensuite plus facilement adapter sa pédagogie, notamment au niveau des supports de cours.

J-F.M.: En tout cas, se rendre compte de ces difficultés permettrait-il à l’enseignant d’améliorer grandement ses cours de physique ?

C.H.K.: Cela serait déjà une très bonne démarche. Mais je pense qu’on peut encore aller plus loin, notamment en montrant le sens des choses. Ne pas se limiter à apprendre des formules ou des concepts par cœur. Mais en comprendre le pourquoi, en rechercher l’essence. Mobiliser son sens critique et de l’observation. Pourquoi est-ce que ça marche comme ceci ? Pourquoi la formule est comme cela ? Ne pourrait-on pas s’y prendre autrement ? D’où à mon avis l’importance du processus de découverte par des expériences, de prendre le temps de les faire faire aux étudiants ou aux écoliers. Par exemple comment se comporte le courant dans un circuit électrique ? Plutôt que d’édicter des formules, il est préférable de laisser les étudiants expérimenter, faire des modifications pour voir ce que ça donne et essayer de comprendre pourquoi il y a tel ou tel résultat.

J-F.M.:L’enseignant a donc besoin de beaucoup de temps. Ne prend-il pas le risque d’avoir du retard sur le programme ?

C.H.K.: Oui, tout-à-fait et c’est bien là le problème. En général les programmes balayent trop de choses, le spectre des connaissances abordées est trop large, ce qui ne permet pas de voir le programme en profondeur, les choses ne peuvent être abordées que de façon superficielle. C’est vrai que l’enseignant n’a, parfois, pas d’autres choix que de faire des compromis.

J-F.M.: Est-ce que la solution ne passerait-elle pas par donner plus de temps ?

C.H.K.: Je dirais qu’on devrait, dans un premier temps, rechercher plus d’efficacité dans les cours et les programmes. Le temps n’est pas toujours employé à bon escient, ou de manière suffisamment productive.

J-F.M.: Quel est finalement l’effet sur l’éducation et la réussite scolaire ?

C.H.K.: Ce qui est important de noter c’est que ces difficultés non résolues entraînent des lacunes qui, au fil du temps, s’avèrent creuser un véritable gouffre et mettent en péril les chances de succès de l’étudiant ou de l’élève en physique. Cela s’applique aussi pour les autres matières. La réussite scolaire de l’élève est donc menacée. En physique, vous vous basez beaucoup sur des notions vues antérieurement pour pouvoir aborder des choses nouvelles et avancer dans le programme.

J-F.M.: Mais justement, est-ce que ces lacunes ne se révèlent-elles pas bien avant, lors des examens à l’entrée des écoles par exemple ?

C.H.K.: Le système de l’enseignement supérieur en Allemagne n’est pas organisé de la même façon qu’en France. Nous n’avons pas d’écoles d’ingénieurs ou de commerce à proprement parler. Le système allemand repose principalement sur l’université. Et l’accès à la faculté se fait généralement sans examen particulier et sans concours comme dans vos grandes écoles. Donc, un étudiant ayant fraîchement son bac va s’inscrire en fac de physique. Il traînera avec lui les difficultés qui auront toutes les chances de s’amplifier. Et là, il s’en rendra compte aux examens intermédiaires (Zwischenprüfung), mais un peu tardivement.

J-F.M.: Ce qui est valable pour la physique le serait-il pour d’autres matières ?

C.H.K.: De façon intuitive et sans vouloir trop m’avancer je dirais que, pour les matières scientifiques, qui ont la même démarche que la physique, telle la chimie, la mécanique, cela peut être transposable. Pour les mathématiques, même s’il y a beaucoup de choses en commun, il y a quand même une différence.

Pour les autres matières telle la littérature, je ne sais pas. En ce qui concerne les langues, le processus d’apprentissage est bien différent, vu qu’il y a plus de « par cœur », sans forcément faire appel autant à la logique. Il y a aussi une forte notion de répétition. Mais il serait intéressant de mener des travaux pour voir ce qui est transposable.

Sources: Site web de l’Université de Hambourg-Harbourg
Interview Christian H. Kautz par Jean-François MICHEL

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