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Lorsque les nouvelles technologies sont utilisées en classe, leur incidence sur la performance des élèves est nulle ou assez faible, dans le meilleur des cas. Les nouvelles technologies ne sont pas d’un grand secours pour combler les écarts de compétences entre élèves favorisés et défavorisés.
En 2012, 96 % des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE indiquaient avoir un ordinateur à la maison.

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont révolutionné presque tous les aspects de notre vie privée et professionnelle. Si les élèves ne sont pas capables de naviguer dans un environnement numérique complexe, ils ne pourront plus participer pleinement à la vie économique, sociale et culturelle du monde qui les entoure. Les personnes en charge de l’éducation des apprenants « connectés » d’aujourd’hui sont confrontées à un certain nombre de problématiques complexes, allant de l’excès d’informations au plagiat, et de la protection des enfants contre les risques d’Internet tels que la fraude, les atteintes à la vie privée et le harcèlement en ligne, au choix d’un menu médias adapté et approprié.

Nous attendons de l’école qu’elle apprenne aux enfants à devenir des consommateurs réfléchis en matière de services Internet et de médias numériques, en les aidant à faire des choix éclairés et à éviter les comportements nocifs, tout en faisant un travail de sensibilisation sur les risques auxquels s’exposent les enfants sur Internet et les moyens de les éviter. Ce rapport présente une analyse comparative internationale – la première dans ce domaine – des compétences numériques des élèves et des environnements d’apprentissage conçus en vue de les développer.

Il révèle l’immense décalage entre la réalité de notre école et les promesses des nouvelles technologies. En 2012, 96 % des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE indiquaient avoir un ordinateur à la maison, mais seulement 72 % déclaraient utiliser un ordinateur de bureau, un ordinateur portable ou une tablette à l’école, et dans certains pays, moins d’un élève sur deux se disait dans ce cas.

En outre, même lorsque les nouvelles technologies sont utilisées en classe, leur incidence sur la performance des élèves est mitigée, dans le meilleur des cas. Les élèves utilisant modérément les ordinateurs à l’école ont tendance à avoir des résultats scolaires légèrement meilleurs que ceux ne les utilisant que rarement. Mais en revanche les élèves utilisant très souvent les ordinateurs à l’école obtiennent des résultats bien inférieurs dans la plupart des domaines d’apprentissage, même après contrôle de leurs caractéristiques socio‑démographiques.

En outre, selon les résultats de l’enquête PISA, les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les TIC dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences.

Autre constat – peut-être le plus décevant de ce rapport –, les nouvelles technologies ne sont pas d’un grand secours pour combler les écarts de compétences entre élèves favorisés et défavorisés. En un mot, le fait de garantir l’acquisition par chaque enfant d’un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques semble bien plus utile pour améliorer l’égalité des chances dans notre monde numérique que l’élargissement ou la subvention de l’accès aux appareils et services de haute technologie.

Dernier point, mais non des moindres, l’enquête PISA révèle – et rares seront les parents et les enseignants qui s’en étonneront – que les élèves passant, un jour de semaine ordinaire, plus de 6 heures sur Internet en dehors de l’école sont particulièrement susceptibles d’indiquer se sentir seuls à l’école, et être arrivés en retard en classe ou avoir séché des journées de cours durant les deux semaines précédant l’enquête.

Une interprétation possible de ces résultats est que le développement d’une compréhension conceptuelle et d’une réflexion approfondies requiert des interactions intensives entre enseignants et élèves – un engagement humain précieux duquel la technologie peut parfois nous détourner.

Une autre interprétation pourrait être que nous ne maîtrisons pas encore assez le type d’approches pédagogiques permettant de tirer pleinement profit des nouvelles technologies, et qu’en nous contentant d’ajouter les technologies du XXIe siècle aux pratiques pédagogiques du XXe siècle, nous ne faisons qu’amoindrir l’efficacité de l’enseignement. Lorsque les élèves utilisent leurs smartphones pour copier-coller des réponses toutes faites aux questions qui leur sont posées, il est peu probable que leurs capacités intellectuelles s’en trouvent renforcées.

Si nous voulons que l’intelligence des élèves ne se résume pas à celle du moteur de recherche de leur smartphone, nous devons mener une réflexion plus approfondie sur les pratiques pédagogiques dont nous nous servons pour leur instruction. La technologie peut permettre d’optimiser un enseignement d’excellente qualité, mais elle ne pourra jamais, aussi avancée soit-elle, pallier un enseignement de piètre qualité.

Ce rapport laisse de nombreuses questions en suspens. L’impact de la technologie sur l’offre éducative reste sous-optimal, en raison de la possible surestimation des compétences numériques des enseignants comme des élèves, de la naïveté de la conception et de la mise en œuvre des stratégies dans ce domaine, de la mauvaise compréhension de la pédagogie, ou de la piètre qualité globale des logiciels et didacticiels éducatifs.

Combien d’enfants choisiraient de jouer à un jeu vidéo s’il était de la même qualité que les logiciels que l’on trouve dans de nombreuses classes du monde entier ? Comme le mettent en évidence les résultats de ce rapport, les connexions entre élèves, nouvelles technologies et apprentissage ne sont ni simples ni données d’avance, et il reste encore à réaliser et exploiter pleinement les réelles contributions que les TIC sont susceptibles d’apporter à l’enseignement et l’apprentissage.

Il ne faut pourtant pas baisser les bras face à ces constats. Les systèmes d’éducation doivent trouver des solutions plus efficaces afin de fournir aux professionnels de l’éducation des environnements d’apprentissage qui permettent de développer les pédagogies du XXIe siècle et qui dotent les enfants des compétences du XXIe siècle dont ils auront besoin pour réussir dans le monde de demain. La technologie est le seul moyen d’élargir au maximum l’accès à la connaissance. Pourquoi les élèves devraient-ils se contenter d’un manuel scolaire dont l’impression remonte déjà à deux ans, et la conception peut-être à dix, alors qu’ils peuvent avoir accès aux manuels les meilleurs et les plus actualisés du monde ?

Élément tout aussi important, les nouvelles technologies permettent aux enseignants et aux élèves d’accéder à des ressources spécialisées bien au-delà de ce que peuvent leur offrir les manuels scolaires, sous de multiples formats et sans aucune contrainte d’espace et de temps ou presque. Les nouvelles technologies offrent d’excellentes plateformes de collaboration pour la création de connaissances, par le biais desquelles les enseignants peuvent partager et enrichir leurs ressources pédagogiques.

Et point le plus important peut-être, la technologie peut être utilisée au service des nouvelles pédagogies plaçant les apprenants au cœur d’un apprentissage actif, en offrant des outils pour les méthodes d’apprentissage par investigation et des espaces de travail collaboratifs. La technologie peut ainsi renforcer l’apprentissage par l’expérience, favoriser les méthodes pédagogiques d’apprentissage par projet et par investigation, faciliter les activités pratiques et l’apprentissage collaboratif, permettre une évaluation formative en temps réel et soutenir les communautés d’apprentissage et d’enseignement, en offrant de nouveaux outils tels que les laboratoires virtuels et à distance, les didacticiels non linéaires très interactifs fondés sur une conception pédagogique de pointe, les logiciels sophistiqués d’expérimentation et de simulation, les médias sociaux et les jeux sérieux. Afin de concrétiser les promesses des nouvelles technologies, les pays ont besoin d’une stratégie convaincante pour renforcer les capacités des enseignants.

Et les décideurs doivent redoubler leurs efforts pour obtenir l’appui que la réalisation de ces objectifs nécessite. Compte tenu des incertitudes accompagnant tout changement, les professionnels de l’éducation opteront toujours pour le maintien du statu quo. Si nous souhaitons mobiliser les appuis en faveur d’une école plus ouverte aux nouvelles technologies, nous devons mettre en place de meilleures stratégies, tant pour communiquer sur la nécessité du changement que pour mobiliser les soutiens en sa faveur. Nous devons investir dans le renforcement des capacités et les compétences de gestion du changement, recueillir des données de suivi fiables et les partager avec les institutions concernées, et mettre un financement pérenne au service de l’ensemble de ces efforts. Enfin, il est crucial que les enseignants deviennent des acteurs engagés de ce changement, en participant non seulement à la mise en œuvre des innovations technologiques, mais aussi à leur conception.

Sources: Andreas Schleicher (Direction de l’éducation et des compétences l’OCDE / PISA).

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