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Marianne Miserandino, psychologue, est professeur à l’Arcadia Université de Pennsylvanie. Elle a mené une étude sur la motivation des enfants de 8 à 10 ans et nous indique, dans cette interview, pourquoi certains élèves arrivent à faire une bonne scolarité alors que d’autres, au contraire, ont de mauvais résultats malgré des capacités scolaires identiques. Extrait de l’ interview:

Pouvez-vous nous donner une courte description de votre étude sur « La croyance en soi de bien réussir et la volonté d’apprendre sont les clefs d’une bonne scolarité» ?

Marianne Miserandino: Mon étude est une partie seulement d’une étude plus large sur les enfants de 8 à 9 ans concernant leur performance scolaire. Nous leur avons donné un questionnaire qui permet de mesurer leur motivation pour réussir à l’école. J’ai identifié une première moitié d’enfants qui ont obtenu des résultats supérieurs à la moyenne au test de performance, et qui indiquent donc qu’ils ont le potentiel de bien réussir à l’école. Environ 65% de ces enfants ont une certaine autonomie dans leur travail scolaire et 61% font preuve d’aptitude dans leur travail. Par autonomie nous entendons le fait d’avoir le propre contrôle de son travail avec une certaine indépendance. « L’aptitude » ici signifie la croyance qu’ils sont capables et qui se traduit par la confiance en leur capacité. Les enfants qui ne se sentent pas autonomes, ou pas aptes, n’obtiennent pas d’aussi bons résultats au test de performance que ceux qui ressentent ou pensent les avoir, alors qu’ils ont la même capacité de réussite.

Vous dites, dans votre étude, que les enfants ne sont pas aussi bons s’ils ont des raisons « extérieures ». Pouvez-vous nous donner un exemple de ces « raisons extérieures » ?

M.M.: Les raisons extérieures indiquent un manque d’autonomie. Les raisons extérieures (que nous avons mesurées) pour faire les devoirs, par exemple, comprennent le fait de se dire « je vais avoir des problèmes si je ne fais pas ceci … », et « parce que j’ai mauvaise conscience si je ne fais pas cela… ». Par contraste avec des raisons internes pour faire des devoirs. Dans ce cas, le raisonnement de l’enfant sera du type « je fais le devoir parce que je veux comprendre le sujet » ou « je fais le devoir parce que cela est plaisant, amusant».

Un étudiant ayant un manque de confiance dans ses capacités échoue dans la plupart des matières (comme les mathématiques, l’anglais…) ?

M.M.: Je ne dis pas qu’ils échouent, mais ils ont certainement de moins bons résultats (par rapport à notre système de notation de A à A- ou B+ à B) en mathématiques, en lecture, en prononciation, dans le langage, et les matières sociales. Dans notre étude nous avons des enfants issus du CE2 et du CM1 mais qui, à travers les tests, sont tout à fait capables de faire une 6ème au collège. Mais ils ne peuvent pas utiliser leur véritable potentiel dans leur classe de CE2 ou de CM1 à cause de leurs croyances limitantes.

Comment peut-il être expliqué que des enfants qui croient qu’ils ne sont pas capables de réussir ce qu’ils font, même s’ils ont des capacités supérieures à la moyenne, soient en échec scolaire ?

M.M.: S’ils ne croient pas en leurs capacités (indiquant un manque d’aptitude, c’est-à-dire de confiance en soi), ils ont alors une expérience négative de l’école. L’anxiété, l’ennui, la colère, l’ignorance, biaise le parcours scolaire. Ces sentiments qui amènent à un comportement de « non-adaptation » empêchent ces enfants de faire de leur mieux. Ils seront certes dans la moyenne des choses avec des résultats souvent satisfaisants, mais ils ne pourront donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils pourraient faire beaucoup mieux.

En général, en France nous n’aimons pas échouer. Pensez-vous que cette aversion pour le rejet en France et plus particulièrement en ce qui concerne les enfants, amène paradoxalement à plus d’échecs ?

M.M.: Peut-être dans certaines circonstances, dans le cas d’un athlète, un danseur, un artiste, qui est trop tendu face à la peur de l’échec, aura de mauvais résultats, ne fera pas bien car il y aura trop d’interférences dans son action. Ce n’est pas tant le fait de ne pas aimer échouer que la raison qui se cache derrière. Les enfants qui évitent l’échec parce que « Je vais avoir des problèmes avec maman, ou papa » ou « le professeur pourra voir combien je suis bon » ressentiront les choses différemment de ceux qui évitent l’échec parce que « Je veux donner le meilleur de moi-même ». C’est la raison qui se trouve derrière le succès ou l’échec qui peut entretenir la motivation (et l’atteinte des objectifs) ou au contraire l’éteindre. Donc je regarderais davantage les raisons qui sont derrière cette aversion de l’échec et non pas l’aversion elle-même.

Comment est-il possible de reconnaître qu’un enfant a une mauvaise perception de lui-même ?

M.M.: Nous avons des questionnaires qui permettent d’identifier si un enfant a une mauvaise perception de lui-même. Mais il persiste toujours un doute sur ce que ressent vraiment un enfant. Ce n’est peut-être pas la meilleure méthode, mais c’est ce que nous utilisons.

Selon vous, comment les parents peuvent-ils changer la mauvaise perception que peut avoir leur enfant, et donner une bonne perception d’eux-mêmes ?

M.M.: En construisant un sentiment d’aptitude à l’enfant : donner un devoir, un objectif qui ne soit ni trop facile ni trop difficile. Exprimer clairement les attentes dans le comportement et dans la réalisation de l’exercice. Donner ensuite un « feed-back » immédiat et clair sur la qualité de la performance. Donner les informations sur comment découper une tâche difficile en plusieurs plus petites, mais plus accessibles. Suggérer, plutôt que de dire, une stratégie pour arriver à l’objectif.
Pour ce qui est de donner un sens de l’autonomie : récompenser l’initiative, encourager la prise de décision et du choix lorsque c’est possible. Si vous ne pouvez pas donner à l’enfant le choix, expliquez-lui la réalité des choses, expliquez pourquoi par rapport à des objectifs, par rapport à ses objectifs et désirs. Et si d’aventure vous n’y parvenez pas, utilisez un minimum de pression afin que l’enfant puisse avoir un comportement conforme à ce qui est demandé de lui.

Source: Interview de Marianne Miserandino

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